Comme pour le premier jour, quelques déceptions lors de cette seconde journée du web3, certaines conférences ne correspondant pas au thème annoncé. C’est dommageable car c’est le programme de la manifestation qui m’avait incité à m’inscrire.
Ainsi par exemple sur la conférence “Evolving innovation” ( “l’innovation en évolution”), nous avons eu le droit à 15 minutes sur la dernière idée de Dave Winer : faire défiler des photos sur son écran télé haute-définition grâce à des flux RSS. Rien à voir avec le sujet annoncé, et pas intéressant de mon point de vue.
Venir au web3, c’est dans l’un des buts suivants :
- pour une start up trouver des investisseurs ( “venture capitalist” ou vc – dire vici -), pour des investisseurs trouver des moyens de gagner plus d’argent ( ce qui est tout à fait respectable)
- nouer des relations professionnelles ( autrement dit “faire du networking”)
- apprendre vers quels horizons se déplace l’internet, prendre des idées, et essayer d’en tirer profit.
Pour moi qui suis uniquement dans le troisième cas, il est clair que la conférence n’a malheureusement pas atteint son objectif.
La matinée fut en grande partie consacrée, dans sa séance pleinière, aux affaires du web (le business) : comment séduire les investisseurs, qu’est ce qui les motive, comment les convaincre, comment monter son affaire ( nous avons aussi appris le palmarès du concours de la meilleure start-up web dont le gagnant se trouve être aussi un partenaire de la manifestation, Goojet)
En la matière, ce fut une véritable apologie du libéralisme ( théorie parfaitement respectable) à laquelle nous avons assistée :
- Pour Jason Calacanis, qui traitait de la pollution sur internet (le spam) qui ruine les affaires, la solution passe par une réduction de l’anonymat des utilisateurs d’un service internet, des mesures punitives, et la mise en place de ces moyens ne doit pas faire intervenir les gouvernements dont l’action, je cite, ne se traduirait que par plus de bureaucratie
- Pour Martin Varsavsky, investisseur, pour permettre le développement économique en Europe, il faut notamment réduire la période d’indemnité chomage, et flexibiliser le droit du travail.
- Pour Loïc Lemeur, le développement en Europe passe aussi par une généralisation de l’utilisation de l’anglais, surtout en Europe du Sud, connue pour ses piètres performances dans l’usage des langues étrangères.
Ce dernier point souligne ce que j’appelle le paradoxe de la diversité.
Loïc Lemeur qui monte une nouvelle affaire a choisi de s’installer aux Etats-Unis d’Amérique pour le faire : l’environnement y est, selon lui, plus favorable ( plus d’investisseurs, et moins frileux qu’en Europe), et le marché potentiel pour un nouveau service est énorme : 250 millions d’américains, parlant tous anglais. En Europe, la situation est toute différente : une fois lancé en France, sur un marché 5 fois plus petit, son service devrait être adapté pour le pays suivant, autant d’efforts supplémentaires à fournir, puis au pays suivant, etc.
Ainsi la diversité culturelle en Europe semble constituer un obstacle au développement économique d’une start-up du web.
Le paradoxe vient du fait que l’un des crédos du web 2 est la diversité, la personnalisation à outrance : personnaliser son téléphone portable ( ringtone, ring back tone, un marché de 6 milliards de dollars en 2007), personnaliser son “expérience du web”, c’est à dire personnaliser ses pages avec du contenu picoré à droite et à gauche ( avec netvibes par exemple).
Je vois là un sujet à creuser.
Sinon une conférence vite oubliée sur “pourquoi il faut faire exploser les choses”, et heureusement deux conférences intéressantes, l’une de M. Rangaswani sur les freins de l’adoption du web 2.0 en entreprise, et l’autre de Doc Searls ( co-auteur du fameux “cluetrain manifesto”) sur “les utilisateurs au pouvoir”, sans oublier la conférence humoristique du jour ( après celle de Philippe Starck hier) : les moyens écologiques de transporter de l’information : faire voyager des cartes mémoire par des pigeons voyageurs, ou des CD-roms attachés à des escargots.
Je ne parlerai dans ce billet que de la conférence de M. Rangaswani, de BT, (il faut bien que je raconte quelque chose à mon employeur qui a payé les 1100 euros de la conférence). La thèse de l’orateur est que l’irruption du web 2.0 provoque une panique dans les entreprises, puisque cela est vécu par les dirigeants comme une perte de contrôle – et on pourra penser là au questionnement sur la possibilité pour les employés de laisser des commentaires sur un blog intranet, ou de modifier librement les pages d’un wiki d’entreprise. Premier frein donc la perte de contrôle d’un intranet devenu “en écriture” par tout un chacun. Le deuxième frein tient au partage d’informations qu’implique la mise en place d’outils du web 2.0. Le silotage et le cloisonnement des informations est un moyen parfois utilisé pour garder le contrôle, cloisonnement amené à se fissurer avec l’utilisation du web 2 en entreprise.
Pour M. Rangaswani, l’évolution est cependant inévitable et n’est qu’une question de temps : les nouvelles générations, nourries au biberon du web, de digg, youtube et des blogs, finiront par imposer en entreprise l’usage des outils qu’ils utilisent à la maison, et avec les outils viendront les usages.

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